Paysages Ruraux Français : des changements radicaux à prévoir
Dans plusieurs zones de France, des projets photovoltaïques comprenant de larges surfaces de toitures agricoles émergent pour changer les paysages ruraux. Initialement, les projets rajoutaient des panneaux sur les toitures existantes de bâtiments bien orientés mais les agriculteurs se sont vite rendu compte que les avantages étaient irrésistibles. Ils ont donc crée de nouveaux bâtiment à utilité double. Panneaux produisant de l’électricité sur le toit et stockage ou animaux à l’intérieur. L’existence de contrats entre EDF et les propriétaires de panneaux fixant le prix de rachat des kilowatts produits a genéré un engouement chez les agriculteurs. Le gain financier favorise le développement rural
Architecte paysagiste exerçant en France, je pourrais argumenter que l’impact visuel de panneaux est négatif : de grandes surfaces de panneaux noirs et hautement réfléchissants sont une gène évidente pour beaucoup d’entre nous. Néanmoins la perception est purement subjective et les avantages des dernières avancées dans la recherche et dans l’agriculture peuvent contrebalancer les inconvénients, en particulier quand nous faisons la comparaison avec des pratiques que nous acceptons de l’agriculture « traditionnelle »
Actuellement je participe à l’étude d’impact sur l’environnement de deux projets importants et particulièrement sensibles dans le Gers. Les projets concernent des panneaux photovoltaïques sur des serres agricoles. Je dois réfléchir sur le projet et son environnement et forger ma propre opinion sur interprétation des impacts. Les deux projets en question représentent la pointe de la technologie agricole. Les serres ne vont pas seulement produire de l’électricité mais créer des environnements contrôlés par une technologie permettant la culture d’une grande diversité de fruits et légumes : abricots précoces ou kiwis, jusqu’aux maraîchages, tomates ou melons.
Les serres mesurent 150m de long et 30m de large, elles doivent d’être installées sur des zones faiblement pentues et être orientées plein sud.
Les panneaux photovoltaïques ne couvrent que 30% de la toiture mais, pour compenser la réduction de lumière, un nouveau matériau à poser au sol a été breveté. Des produits, issus de l’industrie, seront recyclés pour créer un tapis au sol réfléchissant, qui participe aussi à la réduction de l’évaporation de l’eau.
Les surfaces importantes de toiture impliquent que les eaux de ruissellement doivent être très bien gérées. Les eaux de pluie, quittant rapidement les surfaces imperméabilisées, ne peuvent être dirigées vers les cours d’eau naturels car cela causerait des dommages aux écosystèmes fragiles. Les eaux doivent être collectées dans des bassins ou lagunes pour être exploitées en irrigation ou être retournées dans les systèmes hydrologiques naturels lentement. La création des ces bassins génère évidement des terrassements importants, qui ne sont pas sans impact sur l’environnement. De la même manière, les eaux de ruissellement des terres agricoles aux alentours dans le même bassin versant doivent être soigneusement capturées, pour éviter toute contamination du bassin d’irrigation par des produit chimiques ou des alluvions.
Plusieurs développements innovants dans le contrôle des photo-serres ont rajouté à la nature très technologique de ces deux projets. Dans un cas, le projet étant proposé sur des terres inondables, des capteurs, ainsi que des équipements qui permettent de remonter les cotés des serres facilitant la traversée de la crue sans dommage, seront installés. Après le passage de l’eau, les terres peuvent être replantées.
Dans les cas où les serres photovoltaïques sont prévues pour la production de fruits et légumes bio, d’autres technologies originales seront employées. Des textiles modernes, type”Goretex” pour réguler le passage de la vapeur d’eau, seront utilisés en association avec des filets anti-insectes dans la poursuite de l’idéal de la production d’aliments d’excellente qualité. Les textiles jouent un double rôle de contrôle, l’exclusion d’insectes parasites et le maintien des insectes pollinisateurs
Quel sentiment de désarroi lorsque, au passage de la crête, le site du futur projet de photo-serres était révélé. Une zone de paysage agricole traditionnel d’une beauté exceptionnelle, qui dans d’autres circonstances aurait pu être un parc naturel. Une zone préservée, libre de toute menuiserie PVC ou d’extension mal réalisée avec peu de constructions plus récentes que 1900. Ce n’était que la pointe de l’iceberg politique. Le village en question a une population de 60 habitants. Alors pourquoi un si gros projet?
Dans la poursuite de mon travail de consultante pour l’étude d’impact, je me suis rapidement rendue compte que ce cas n’est pas facile à juger : en tant qu’architecte paysagiste, mon rôle est habituellement de défendre les paysages, leur protection et leur conservation dans tous les cas.
Je ne peux pas prétendre comprendre tous les arguments en faveur de la culture « traditionnelle » et « biologique moderne », ni savoir évaluer les impacts sociaux ou économiques d’un tel projet mais des experts le font en ce moment.
Ma réflexion personnelle concernant les cas que j’ai pu étudier m’a fait me poser des questions :
Si la demande pour des kiwis existe, doit- on continuer à les importer depuis la Nouvelle Zélande ou permettre à de grosses structures financières de l’industrie agricole de maîtriser les terres pour produire des kiwis biologiques en France
Doit-on continuer d’accepter l’agriculture « traditionnelle » qui dépend financièrement des subventions de Bruxelles ou permettre à la révolution technologique agricole d’être financée par la production d’électricité.
Doit-on permettre l’agriculture traditionnelle de poursuite sans débat alors que les zones rurales perdent leur population qui part vers les emplois en ville.
Mais plus important encore, doit-on refuser des changements dans le paysage simplement sur la base de nos valeurs, traditions ou cultures actuelles? Est ce que l’évaluation subjective des projets importants dans le paysage suffit sans vrai débat sur le besoin de produire des aliments de qualité, ici et maintenant mais aussi pour le futur?




